L'histoire de Val-David

 

1849 Arrivée des Ménard et Dufresne. Dessin Sonia Paquin, 2000, Archives de la SHPVD.
1849 Arrivée des Ménard et Dufresne. Dessin Sonia Paquin, 2000, Archives de la SHPVD.

Val-David décembre 1954. Archives de la SHPVD
Val-David décembre 1954. Archives de la SHPVD

Val-David vers 1925. Archives de la SHPVD
Val-David vers 1925. Archives de la SHPVD

Historique du village de Val-David

par Claude Proulx (2001)

La Société d’histoire et du patrimoine de Val-David

La naissance de notre village prend ses racines au printemps de 1849 avec l’arrivée de trois jeunes colonisateurs. Au début de leur vingtaine, Jean-Baptiste Dufresne, Olivier Ménard et son frère Narcisse s’amèment à pieds, par ici, « en provenance du Grand Brulé, leur village natal, aujourd’hui St-Benoît, comté des Deux Montagnes. »

Un arrêt chez le notaire Amédée Bouchard-Lavallée, l’Agent des Terres de la Couronne à Sainte-Adèle, leur permet d’obtenir leurs « billets de location », aussi appellé bon de concession, pour s’installer sur les lots de terre qui leur sont attribués dans le septième et le dixième rang du Canton Morin, endroit connu aujourd’hui comme le secteur du Lac Paquin, là où notre village est né.

Après cette longue marche de quatre-vingt kilomètres, nos braves colonisateurs à la recherche de l’emplacement de leurs lots de terre, semblent vouloir installer leur dernier campement de voyage à la hauteur de ces gros rochers et des cascades, sur les bords de la rivière du Nord. Là où se trouve aujourd’hui le Parc des Amoureux.

Ils aperçoivent des tipis installés par une famille de la tribu des Mohawks, occupée à la chasse et à la pêche. Voyant le peu d’équipement et de nourriture de nos explorateurs, les Amérindiens s’empressent de les inviter à partager, leur gite et leur nourriture.

« Lorsque, dans la foulée des bûcherons, le premiers colons pénétrèrent sur le territoire, au milieu du dix-neuvière siècle, la nature sauvage où ils s’enfonçaient - lacs limpides, arbres centennaires, prairies innondées par des barrages de castor - semblaient n’avoir jamais accueilli d’autres visiteurs humains qu’eux-mêmes. En vérité, cette aventure humaine qui s’amorçait, avait été précédée par une autre histoire, vieille de plus de quatre mille ans ; celle de la présence des Premières Nations, premiers occupants des lieux. »

Pour trouver l’endroit exact de leurs terres, l’Agent des Terres de la Couronne remet à nos jeunes colonisateurs une carte, que les arpenteurs avaient dressée lors du lottissement du Canton Morin en 1847. Les arpenteurs se faisaient guider par les Mohawks car ils connaissaient bien les montagnes, les lacs et les rivières du territoire, grâce aux multiples sentiers qu’ils s’étaient eux-mêmes tracés depuis des décennies.

Ces colonisateurs commencent donc à défricher leurs lots de terres qui se trouvent alors sur un territoire non organisé de la Municipalité du comté de Terrebonne.

Il leur faut, au plus vite, accomplir une tâche primordiale : choisir l’endroit idéal sur leur lot. La terre idéale est un peu accidentée, pouvue d’un point d’eau, à proximité des sentiers ou d’une ébauche de chemin de front. La présence d’un voisin avec qui on pourra échanger du temps, des outils et des conseils. Aussi n’est-il pas rare de voir un père et ses fils, ou deux ou trois beaux-frères acheter des lots contigus.

Mais comment s’orienter dans un territoire dont on ne connaît pas l’étendue ? Les tout premiers colons, ceux des années 1850, serviront souvent de guides aux nouveaux arrivants.

Au milieu du 19e siècle, le régime des concessions forestières favorise nettement le marchand de bois, au détriment du colon. Tant que ce dernier n’a pas rempli les conditions stipulées dans le billet de concession et obtenu les titres de propriété, il n’a pas le droit de vendre le bois coupé sur son lot ; la seule source de revenus dont dispose le colon au stade des défrichements lui demeure donc interdite.

En plus des noms des premiers colonisateurs, ceux de Joseph Bélisle, François Barbe et son fils Gilbert, Procul Barbe, François Caron, Josephte Rockbrune, Noë Caron, Grégoire Labelle, Anthime Ménard, Ferdinand Parent, Luc Paquin, Napoléon Gascon, Félix Barbary dit Grand-Maison, seront souvent mentionnés dans les documents d’époque.

Avec la fondation de la paroisse catholique de Sainte-Adèle en 1854, puis l’établissement de la Municipalité du village de Sainte-Adèle le 23 juillet 1855, les colonisateurs de notre coin de pays se sentent mieux organisés sur ce territoire, duquel ils font partie. Nous sommes à Sainte-Adèle.!
Une précision de notre histoire à laquelle les récits précédents n’ont fait aucune mention.

De 1849 à 1859, la majorité de notre population est concentrée dans le septième et le huitième rang, secteur occidental du canton Morin. Avec la construction du Moulin à eau sur la rivière du Nord en 1859, on observe une première migration des familles vers le secteur oriental du canton ; dans le dixième et le onzième rang, en bordure de la rivière.

Certaines familles sont déjà parties coloniser des terres plus au Nord ; au Lac de l’Union appellé ainsi depuis 1840 et renommé Le Lac de la Truite vers 1861, d’autres iront au Lac des Sables et vers la Municipalité du Canton de Doncaster, aujourd’hui Sainte-Lucie.

En 1862, la Municipalité de paroisse de Ste-Agathe-des-Monts est fondée. Notre territoire, situé sur des parties des cantons Morin, Doncaster et Wexford est annexé à cette nouvelle municipalité.

En 1873, on installe , un Bureau de poste que l’on nomme Mont-Morin. C’est sous ce vocable que notre arrondissement est ainsi appelé de façon populaire..

En 1892, c’est l’arrivée du premier train, la Compagnie du Pacifique Canadien construit une gare qu’elle nomme Bélisle’s Mill Station, pour le nom des moulins à eau de Joseph Bélisle. Les villageois en profitent pour populariser leur arrondissement d’un nouveau nom : Bélisle’s Mill.

Les habitants se construisent un noyau villageois, là où, des activités plus fructueuses semblent s’installer, ce qui devient avec les années, le centre du village que nous connaissons aujourd’hui.

Dans le dixième et le onzième rang, on défriche dans les montagnes, on construit des maisons, on édifie des fermes.

Puis en 1917, naît la Paroisse St-Jean-Baptiste-de-Bélisle. Cette même année on érige une Chapelle et en 1920, on construit une église. Le presbytère est érigé en 1930.

En vertu d’une proclamation de Son Honneur le Lieutenant-Gouverneur en conseil, en date du vingt mai 1921, une partie du territoire de la Municipalité de paroisse de Ste-Agathe-des-Monts se détache et est érigée sous une nouvelle dénomination : La Municipalité du village de Saint-Jean-Baptiste-de-Bélisle, qui comprend les parties des Cantons Morin, Doncaster et Wexford, que nous avions laissé aller en 1862. Monsieur Léonidas Dufresne, est élu premier maire du village

En 1922, sur un domaine situé en bordure du ruisseau Doncaster, la Congrégation des Sœurs de Sainte-Anne, fait construire une superbe maison : La résidence Ste-Esther. La même année, la Commission Scolaire de Bélisle’s Mill est formée.

On construit une école de deux étages et demi ; L’Académie du Sacré-Cœur, à proximité de l’église et du Couvent des Sœurs.

Au début du vingtième siècle, il ne semble pas s’exercer d’activités d’hébergement touristique dans ce village. Il faut attendre jusqu’en 1921, alors qu’un monsieur A.C.McNeill s’affaire à la location d’une douzaine de chalets pour les vacanciers au Lac à Michel, du nom de Michel Guénette. Ce plan d’eau sera aussi appellé le Lac McNeill durant une trentaine d’années pour être baptisé Golden Lake en 1955. Puis, enfin officialisé de son nom Lac Doré depuis le six septembre 1984.

Avec l’apparition de ses premières auberges, Bélisle’s Mill, développe son sens de l’accueil touristique.

« Une première maison de pension, La Villa Mon Repos, s’ouvre en 1931 sur le Chemin de la Rivière. Il en coûtait de douze à quinze dollars par personne, incluant tous les repas, pour y séjourner pendant une semaine. Puis, La Pension Laubenstein est en opération en 1932 au Lac Doré. Vendue en 1945 à André Deschamps, la pension prend le nom de Hôtel Mont-Condor .»

À l’automne de 1936 apparaît Le Chalet La Sapinière, fondé par Léonidas Dufresne et qui devient plus tard l’Hôtel La Sapinière. L’auberge La Paysanne ouvre ses portes en 1944. Suivront ; Le Parker’s Lodge au Lac Paquin en 1948, L’Auberge Le Rouet en 1957, La Strada en 1959 qui devient L’Auberge du Vieux Foyer, sur le premier rang Doncaster et l’auberge Le Rucher en 1963.

Vers 1935, les alpinistes découvrent et fréquentent de plus en plus les parois rocheuses des monts Condor, Césaire et King. Puis la Fédération québécoise de la Montagne du Québec en fait un lieu d’apprentissage pour les adeptes de ce sport de plein air.

Des pistes de ski de fond s’ouvrent ; la Maple Leaf, par Jack Rabbit Johannsen en 1939 et la Gillespie par les frères du même nom en 1945.

Le trente juin 1944, la Municipalité du village de Saint-Jean-Baptiste-de-Bélisle prend une nouvelle dénomination ; La Municipalité du Village de Val-David, nom attribué en l’honneur de l’Honorable Athanase David, député à l’assemblée législative du Québec et Secrétaire de la Province.

La Municipalité du village de Val-David occupe en partie, trois différents Cantons dans la Paroisse cadastrale de Sainte-Agathe-des-Monts.

Dans le Canton de Morin ;
rang 7 ; lots numéros : 1 à 19
rang 8 ; lots numéros : 1 à 14
rang 10 ; lots numéros 26 à 41
rang 11 ; lots numéros 26 à 41

Dans le Canton de Doncaster ;
rang 1; lots numéros 1 à 13
rang 2 ; lots numéros 1 à 13
rang 3 ; lots numéros 9 à 13
Dans le Canton de Wexford ;
rang 11 ; lots numéros 1 à 10

Le 12 novembre 1918, Joseph Duquette, achète pour trois mille piastres, une terre dans le dixième rang du canton de Morin. Dans cet acte de vente on peut lire : « sont aussi vendus par les mêmes présentes, un cheval noir de trois ans, une charrue, un moulin à faucher, un grand rateau, une herse en bois, une vache brune et deux cents bottes de paille, douze poules et un coq. » Depuis cette époque, on a toujours reconnu la ferme de Joseph Duquette, comme le site privilégié pour l’élevage des chevaux. Depuis 1960, son fils Léonard, dirige un centre d’équitation et depuis 1972, un centre de randonnées en traineaux durant les hivers, lequel est devenu des plus populaire dans nos Laurentides.

En 1938, les premières pentes de ski alpin sont en opération. Léonidas Dufresne installe un remonte-pente sur le versant nord du Mont-Césaire. En 1949, George Yaruchevssky, ouvre la Station Windy Tops, qui sera baptisée Vallée Bleue en 1960 par John Lingatt. En 1949, on assiste à l’ouverture du Centre de ski Mont-Plante par Rolland Plante et de son École de ski sur le Mont St-Aubin et le Mont-Césaire. En 1950, Yvon Guindon ouvre un petit centre de ski nommé Le Mont Guindon, sur une colline à proximité du chemin du Condor. Paul Lehoux ouvre le Centre de ski Mont-Chevreuil en 1952 sur la montagne du Chevreuil en bordure de la route 117. Celui-ci sera appellé Alta vers 1975.

En 1959, Gilles Mathieu fonde La Butte à Mathieu, première boîte à chansons au Québec à l’extérieur de Montréal. Les grands noms de la chanson québécoise et française y présentent des spectacles. Durant l’été de 1960, des acteurs montréalais interprètent une pièce théatrale : Lorsque l’enfant paraît. La Butte à Mathieu a ainsi favorisé la venue à Val-David de nombreux artistes et artisans, qui ont choisi de vivre ici et d’y bâtir leurs ateliers.

La vie communautaire s’épanouit, grâce à une harmonie silencieuse entre les descendants des premiers colonisateurs et les nouveaux arrivants. Ils œuvrent ardemment pour bâtir ce village, femmes, hommes et leurs enfants, bien implantés dans leur milieu de vie.




Val-David en l'an 2001 ;

Depuis la formation du groupement des Créateurs Associés en 1975 et au fil des ans, artistes et artisans ont organisé moult manifestations culturelles, qui font connaître Val-David, comme un village où la culture et les métiers d’art rayonnent.

La population du village est d’environ trois mille cinq cents résidents permanents. Les citadins qui possèdent une résidence de villégiature forment une population dite touristique de quelque mille cinq cents habitants.

La bibliothèque municipale, La Maison du Village et son Centre Culturel, Le Bureau d’information touristique, la Petite Gare, le Parc de la Mairie, Les Mille et Un Pots de Kinya Ishikawa, Les Jardins de Rocailles qui déploient leur beauté au milieu d’un paysage exceptionnel, le Musée de la Monnaie St-Éloi, le Parc Dion, la Tour d’escalade, le Parc des Roumains, le Parc des Amoureux et le Parc Léonidas Dufresne, sont des institutions qui contribuent largement à faire de ce village des lieux de rencontres et d’épanouissement.

De la même façon, la pratique du ski de fond sur un réseau de plus de soixante kilomètres de pistes, l’escalade en montagne, les centres de ski alpin, le Parc linéaire Le P’tit Train du Nord, fréquenté par les cyclistes, marcheurs et skieurs et qui traverse le cœur du village, avec ses auberges, ses restaurants et ses boutiques emballantes, attirent de plus en plus les touristes et les fervents de plein air, d’art et de culture, d’histoire et de patrimoine.

L’infrastructure municipale.

Un maire et six conseillers municipaux sont secondés par le directeur général et par plusieurs directorats et leur personnel. Des comités consultatifs composés de citoyens, partagent les orientations politiques du village et s’assurent du respect de l’application des règlements municipaux sur l’urbanisme, le tourisme, et les travaux publics.

Le Conseil culturel et communautaire, fondé en 1996 dirige la Maison du village avec son personnel. On y présente des expositions d’artistes et d’artisans. Une rénovation de premier ordre a été exécutée au printemps de 2001.

Plusieurs organismes participent activement au dynamisme de ce village ; Le Journal Ski-se-dit, le Club de Plein air, la Société pour la protection du parc régional Val-David, la Société d’histoire et du patrimoine de Val-David, la Chorale du village, le Club de l’âge d’or, l’Association des loisirs du Lac Paquin, le Club de Vélo de Montagne, l’Association des Roumains, la Société d’archéologie et de numismatique des Laurentides, la Fondation Dufresne pour les écoles, le Club Optimiste, l’Aféas, le Conseil pastoral de la paroisse et le Centre d’accès à Internet.

« Un Monde à part » dit la devise du village.

© Claude Proulx 2001