L'histoire de Val-David

 

John Wilson McConnell. Archives photographiques Notman, Musée mcCord.
John Wilson McConnell. Archives photographiques Notman, Musée mcCord.

Val-David 1931 ou 1932,  John Wilson McConnell, sa femme, le Roi et la Reine de Siam devant la maison de bois rond. Archives photographiques Notman, Musée McCord.
Val-David 1931 ou 1932, John Wilson McConnell, sa femme, le Roi et la Reine de Siam devant la maison de bois rond. Archives photographiques Notman, Musée McCord.

Le Manoir de John-Wilson McConnell  au Lac du Gore, vers 1930.
Le Manoir de John-Wilson McConnell au Lac du Gore, vers 1930.

Le domaine McConnell-Laing au Lac Paquin

par Paul Carle (2000)


Située à l'extrémité ouest de la municipalité du village de Val-David, les lots 11, 12, 13, et 14 du 8e rang dans le Canton de Morin, ont toujours fait partie de la même propriété. Arpentés dès 1847, ces lots de colonisation n'ont trouvés preneur que vers 1883, Alphonse Valiquette en est le premier occupant. Le site semble servir essentiellement à la coupe du bois et à faire pousser du foin en certains endroits. Les actes notariés de l'époque font mention d'une grange sur l'un des lots. Le site semble changer de vocation au début du 20e siècle. W.H.Allin, agent d'assurance de Montréal, achète de Joseph Husereau ces lots en 1905 et 1908. Il s'engage à respecter les contrats de coupe de bois valides encore pour quelques années et permet à Bernard Husereau l'usage de la grange pour 10 ans. Il y construit un chalet sur les bords du Lac du Gore. On a longtemps ignoré l'origine et la signification du nom de ce lac ; en 1847, les plans d'arpentage le nomment Lac Louisa. Le nom « gore », peut signifier, selon qu'il a une origine française ou anglaise : une formation rocheuse lacustre particulière, du sang, une forme de décolleté dans une robe, une bête mythique, une truie, une enclave maritime, une langue de terre. L'origine du nom de ce lac a toujours constitué une énigme pour les divers propriétaires du domaine. Selon la Commission de toponymie du Québec, il apparaît que le nom du lac origine dans le langage administratif anglophone des "townships" ou cantons : on appelait alors « gore » toute augmentation, souvent irrégulière, du territoire d'un canton. Les lots 11, 12, 13 et 14 forment, à l'extrémité du 8e rang une pointe de triangle, ayant du même fait une superficie moindre que les autres lots du rang.
En 1929, John Wilson McConnell, président de la St Lawrence Sugar et propriétaire du quotidien montréalais Montreal Star, rachète la propriété de W.H.Allin. Il agrandit le domaine par des acquisitions dans le rang 1 du canton de Beresford (Ste-Agathe). C'est vers cette période, durant les années de 1920 qu'on ferme le chemin du 8e rang qui auparavant permettait de joindre St Adolphe d'Howard. Le Lac du Gore est maintenant entièrement dans la propriété qui est en quelque sorte au bout du chemin du 8e rang. John Wilson McConnell continuera à agrandir lentement son domaine et a y réaménager les accès.
Dès l'acquisition de la propriété, en 1929, J.W.McConnell y entreprend la construction d'un manoir dans la plus pure tradition norvégienne : une immense maison de bois rond, couverte semble t'il de tourbe . Son architecte, le Norvégien Karen Smythe a aussi travaillé sur le château de bois rond de Montebello. On imagine le travail ! Les troncs de pin de la Colombie-Britannique arrivant par train à la petite gare du village de Val-David ; puis par camion jusqu'aux pieds de la Colline aux Framboises sur le 8e rang au Lac Paquin ; puis tirés sur des traîneaux par des chevaux pour monter la colline, car les camions n'y arrivaient pas, sur plus de 2 kilomètres. Plusieurs habitants du Lac Paquin travaillèrent à cette tâche. La décoration intérieure, encore une fois dans le style norvégien, fut confiée à Mme Julia Galusha Whitcomb. Les fresques intérieures sont l'œuvre d'un peintre italien (d'après de vieux motifs norvégiens) qui a vécu au manoir et travaillé pendant trois mois pour compléter son travail. La maison est électrifiée depuis sa construction ; en faisant la première propriété électrifiée au Lac Paquin. Il faudra attendre le début des années 1950 pour voir d'autres habitations du lac reliées au service électrique.
Dès sa construction la maison est l'hôte de visiteurs prestigieux. En 1932, le Roi et la Reine de Siam passent une semaine à la propriété et rebaptisent le lac du nom de Cirant Chai ( bonheur serein ) ; nul doute qu'ils ont apprécié leur séjour. Dans les décennies qui suivent plusieurs autres personnalités profitent de l'hospitalité des McConnell, dont trois gouverneurs généraux du Canada (Lord Willingdon, Lord Bessborough et Lord Tweedsmuir). En novembre 1951, la future Elizabeth II d'Angleterre, elle n'est alors que Princesse et son mari le Duc D'Edimbourg demeurent au Lac Paquin quelques jours . Quelques mois plus tard cependant c'est le drame. Un feu, qu'on imagine incontrôlable dans une telle maison de bois, la détruit complètement; on ne sauvera que quelques meubles du brasier.

Monsieur McConnell ne reconstruit pas la maison. En 1961, John Wilson McConnell cède la propriété à son fils, John Griffith McConnell, alors président du journal Montreal Star. Cette vente se fait à travers une compagnie, la Crown Agency. Au début des années 1960, son fils construit une nouvelle maison, d'après les plans de Paul Lalonde, architecte bien connu de Saint-Sauveur. En 1979, suite au décès de John Griffith McConnell survenu en 1976, la veuve de celui-ci cède la propriété à Kathleen Griffith McConnell-Laing, fille de J.W. McConnell et sœur de J.G.McConnell. Madame Laing, citoyenne bien connue et appréciée à Val-David, est toujours propriétaire du domaine. Elle y a découpé un lot, en 1996, pour permettre à son fils, le Docteur Murdock Laing d'Écosse, d'y aménager un lieu de repos paisible au bord du lac.

On pourra admirer plusieurs photos de la maison de bois rond dans un article de la revue américaine d'architecture et de décoration, Town and Country, dans sa parution du 1er juin 1933.