L'histoire de Val-David

 

Le Magasin Léonidas-Dufresne en 1929. Dessin Sonia Paquin, 2000.
Le Magasin Léonidas-Dufresne en 1929. Dessin Sonia Paquin, 2000.

Le magasin Léonidas-Dufresne vers 1930. Archives de la SHPVD.
Le magasin Léonidas-Dufresne vers 1930. Archives de la SHPVD.

Le magasin général Léonidas-Dufresne

par Claude Proulx (2000)

Entre le Parc linéaire « Le Pt’it train du Nord» et le «Marché Métro L.Dufresne & Fils», situé sur une partie du lot originaire numéro trente et un, du onzième rang dans le Canton Morin, se trouve au cœur du notre village, au 2510, rue de l’église, un bâtiment historique qui s’inspire du concept de conservation dit de l’écono-muséologie.

Il a été préservé et mis en valeur depuis sa construction d’origine de 1929, grâce au savoir-faire des artisans des métiers traditionnels de chez nous et adapté à la réalité d’aujourd’hui.

Dès potron-minet, Léonidas Dufresne quitte le logement familial et descend l’escalier qui le mène à son magasin général. Le propriétaire prépare un bon feu dans le poêle à bois pour chasser l’humidité de la nuit et s’apprête à acceuillir ses employés et sa clientèle.

Tout en sirotant son premier café, le marchand-général analyse les opérations et les ventes de la journée précédente, il élabore les commandes de marchandises, planifie les livraisons de la journée.

Il remet en ordre certains produits déplacés par les clients de la veille, fait un peu de ménage et enfile son capot de chat-sauvage et son chapeau de poil de castor.

Puis il s’empresse d’aller nourrir ses chevaux qui déjà, hennissent à l’écoute des pas crissants de leur maître sur la neige froide. Ils iront livrer les achats des clients durant cette journée d’hiver, alors que l’on annonce une dure tempête.

Léonidas Dufresne connaît bien son métier, car il avait auparavant opéré un commerce du même genre au bord de la rivière du Nord de 1909 à 1912.

Il avait aussi été propriétaire d’un autre commerce situé derrière la gare Bélisle’s Mills, rue de la Gare, de 1912 à 1928.

Reconnu comme parmi les citoyens, ayant contribué le plus à l’essor et au développement de notre village, notre héros villageois est cité comme une personne généreuse pour ses concitoyens.

En 1928, Léonidas Dufresne, achète de Anthime Ménard, une grande parcelle de terrain, faisant partie du lot trente et un du onzième rang du Canton Morin. Ménard avait hérité du lot trente et un de son père Narcisse en 1896.

Dufresne commence la construction d’un nouveau magasin. Les murs extérieurs de son bâtiment sont en pierres taillées, de couleur grise et l’ensemble se manifeste au courant d’architecture dit fonctionnaliste. L’ouverture officelle du Magasin Général Léonidas-Dufresne se fait en janvier 1929.

Puis en 1933, monsieur Dufresne agandit la superficie de son terrain en se portant acquéreur d’une petite parcelle de terre de la Montreal and Western Railway Company, laquelle est lotisé numéro 47.
Le marchand général Léonidas Dufresne est un homme d’affaires qui tient ses livres de façon minutieuse. Dans son registre, là où les opérations sont inscrites de manière manuscrite, on peut livre : Le 22 janvier 1929, Achat de Ernest Monette : 60 billots de merisier de douze pouces à $ 28.00 et à $25.00, sous douze pouces, livré au moulin.

Dès 1930, le magasin Dufresne opère sous la bannière de Magasin Indépendant VICTORIA Independant store. On y vend aussi de la gazoline de marque Sky Chief et plus tard de la BA (British American Oil Co.), puis de la Shell. Les photos de l’époque nous montrent que l’essence est servie à la pompe manuelle.

Le commerce de L.Dufresne abrite aussi une succursale de La Banque canadienne Nationale de 1930 à 1932. C’est la fille du propriétaire, Jeannette Dufresne, qui exécute les opérations bancaires. Là, on y reçoit les dépôts, on y échange les chèques et on y offre divers autres services de la Banque. Les demandes d’emprunts se font à partir de cette succursale, mais sont finalisées au bureau principal de Saint-Jérôme.

En 1947, des travaux importants sont effectués. Du coté nord est, on agrandit le bâtiment pour doubler sa surface. On conserve le même type d’architecture et on utilise les mêmes types de revêtements extérieurs.

Durant l’année 1949, Léonidas Dufresne forme une entreprise légale qui porte le nom de L. Dufresne et Fils Limitée. Par acte passé devant Maître Ulysse Hamel, notaire à Ste-Agathe-des-Monts, le quatorze décembre de la même année, notre marchand général décide de donner un statut légal à son commerce.

Il vend ses intérêts personnels dans son magasin à sa nouvelle compagnie : avec les bâtisses, le fonds de commerce d’épicerie, de boucherie, de quincaillerie, ainsi que le bois de construction et les actions dans Les Marchands en quincaillerie Limitée, plus l’ameublement du magasin et les fixtures; un camion Fargo 1949, un camion GMC 1947, une automobile Pontiac 1949.

Par la suite, ses deux fils Alfred et Fernand Dufresne, gèrent les affaires du magasin L.Dufresne et Fils Limitée.

En 1960, le commerce de quincaillerie et de matériaux de construction obtient une franchise Rona-Dismat, puis en 1963, le commerce d’épicerie est franchisé de la chaîne des Marchés Métro.

En 1983, Alfred Dufresne, co-proporiétaire de L.Dufresne & Fils Limitée, vend ses intérêts dans ce commerce à son frère Fernand.

En 1984, on abandonne le commerce de quincaillerie et de matériaux de construction au profit d’un agrandissement du Marché Métro dans ce même bâtiment. Le commerce d’épicier se révêle être une excellente affaire et Fernand Dufresne, aidé de son épouse Andrée Sarrazin et de ses enfants et plus particulièrement de son fils Jacques, il décide en 1989 de vendre son bâtiment et en construire un nouveau pour installer le Marché Métro.

Le vingt neuf août 1990, un consortium de Val-David, La Société en commandite Trois Chaînes Enr, des cousins Laurent, Jean-Guy et Yvan Lachaine, se portent acquéreurs du bâtiment.

L’intérieur est aménagé de surfaces à diverses dimensions. On en fait donc un mini centre commercial, lequel est nommé Le Carrefour du Village. La bâtisse peut recevoir jusqu’à sept commerces en plus des deux logis à l’étage supérieur.
Le trente septembre 1996, monsieur Patrick Canada, un homme d’affaires de Ste-Agathe-des-Monts, se porte acquéreur du bâtiment et du commerce dont il perpétue la dénomination.

En 1998, Anik Daoust, designer à Val-David, propose des plans de réaménagement pour embellir l’extérieur du bâtiment, qui reçoit une cure exceptionnelle. On l’habille et on le maquille de façon à améliorer son apparence avec des couleurs modernes.

Le travail est extrèmement bien réussi et ceci grâce aux talents et au bon goût de la designer, des artisans de la construction et avec la contribution des propriétaires.

Aujourd’hui Le Carrefour du Village abrite encore plusieurs commerçes : Le Bistro Plein Air; Le Vidéo du Carrefour, La Librairie d’Artagnan, La Boutique Fleurs Décor et l’Agence Immobilière Sutton.