L'histoire de Val-David

 

La Paysanne, en 1937. Dessin de Sonia Paquin, 2000.
La Paysanne, en 1937. Dessin de Sonia Paquin, 2000.

La paysanne en 1940. Archives de la SHPVD.
La paysanne en 1940. Archives de la SHPVD.

La Paysanne en 1950. Archives de la SHPVD.
La Paysanne en 1950. Archives de la SHPVD.

La Paysanne en 1999. Photo Sonia Paquin.
La Paysanne en 1999. Photo Sonia Paquin.

La Paysanne

par Claude Proulx (2000)

Au petit matin, des courants d’air frais nous gèle le bout du nez ; nous hésitons à nous dégager de nos sacs de couchage, mais la sérénade des odeurs de pain et de saucisses grillés, d’œufs, de bacon et du bon café qui remplissent le hameau et chatouillent nos narines, nous attirent assez vite en bas, près du feu de foyer, là où les clients se rassemblent tôt, pour grelotter ensemble leur début de journée et enfiler leur petit-déjeuner avant d’aller envahir les pentes de ski.

La Paysanne aujourd’hui nommée « La Chaumière aux Marguerites » est située au 1267, chemin de la Sapinière, sur une partie du lot 30, dans le onzième rang du Canton Morin.

Depuis 1847, année ou le Ministère des Terres de la Couronne arpente le territoire, puis l’érige en canton Morin en 1852, la saga de la succession des propriétaires de terrains du lot trente, est digne du caractère de bâtisseurs de ces premiers défricheurs et notamment ; François Barbe, son fils Gilbert Barbe dit Leblanc, François Caron, Dame Josephte Rochbrune veuve de ce dernier et leur fils Noé, Procul Barbe, Henry Berlind et Léonidas Dufresne.

En 1856, le lot numéro trente appartient à François Barbe, nom que l’on peut historiquement ajouter à la liste des premiers colonisateurs du Canton Morin avec ceux des frères Ménard et Dufresne.

Le vingt-deux mars 1937, Joseph Beauséjour achète un terrain pour la somme de deux cents piastres, de Léonidas Dufresne, qui donne cent pieds sur cent. Il est situé sur la rue de la Gare, aujourd’hui, chemin de La Sapinière. La même année, Beauséjour fait construire une maison familiale avec une remise à l’arrière. À l’instar de l’Hôtel de la Sapinière et de plusieurs autres bâtiments que l’on construit durant les années de cette décennie, celle-ci est montée en bois rond et donne une allure rustique qui convient bien à l’environnement.

Puis, le 20 septembre 1939, Raoul St-Jacques devient propriétaire de la résidence.

Le trois octobre 1944, Joseph A.Chalifoux achète la maison.

Le 26 octobre 1944, Aldéric Langlois achète la résidence de Joseph A. Chalifoux pour la somme de cinq mille dollars et inaugure une maison de pension qu’il nomme « La Paysanne ». Le commerce est florissant et attire bon nombre de touristes.

Le vingt septembre 1949, John Foster et son épouse Marguerite Baillargeon de Montréal deviennent propriétaires de La Paysanne pour la somme de huit mille sept cents dollars, « avec droits de se servir du nom La Paysanne, clientèle et achalandage ».

Vers 1954, la famille Foster qui a trop de dettes est incapable de payer les versements de son hypothèque au principal prêteur hypothécaire Honorius Desjardins. C’est ainsi que le cinq juillet 1955, par un Jugement en Cour Supérieure, présidée par l’Honorable Juge Harry Bratshaw, Honorius Desjardins à Ste-Agathe-des-Monts, devient propriétaire de La Paysanne et ceci rétroactivement au 30 septembre 1950.

Le cinq novembre 1955, L.Armand Boudreau, achète La Paysanne pour la somme cinq mille cinq cents dollars.

Le premier octobre 1956, Maurice Rivard et son épouse Anita Briggs achètent l’établissement.

Dans ce contrat on peut lire : « la vente comprend les dépendances, meubles de ménage et effets mobiliers, et notamment une annonce néon, les auvents, trois chaises laurentiennes et une chaloupe ».

Le vingt-huit juillet 1958, madame Concorde Tourigny-Deshaies se porte propriétaire de La Paysanne, mais n’habite pas les lieux et préfère la louer.

C’est ainsi que du mois de mai de la même année jusqu’en novembre de 1961, Renée Lippé et son époux Roger Monette, un instructeur de ski alpin émérite en font leur résidence familiale et exploitent la maison comme gîte touristique, toujours sous le nom de La Paysanne.

Dans les trois chambres à coucher au deuxième étage, des lits superposés peuvent recevoir quatre invités par chambre. Les membres de l’École de Ski de Raymond Lanctôt sont des clients assidus.

Du souvenir de l’auteur de cet ouvrage, qui en 1961 fréquentait La Paysanne avec sa blonde, les filles avec les filles et les gars avec les gars constituait le modus vivendi pour aller dormir.

Les amis se souviennent encore de Renée, cette belle femme aux cheveux blonds, dont le sourire et la belle humeur préparait bien nos journées en montagnes.

À l’automne de 1961, André Lesage, loue l’établissement et opère l’auberge et un restaurant sous l’appellation : Le Cor des Alpes. L’emplacement est vendu et André doit quitter en 1963 pour installer son commerce à la Butte à Mathieu. Le sept août 1962, la compagnie Arpin Inc, achète l’emplacement.

Puis, le treize décembre 1962, Bernard Chaudron, Maître Dinandier à Val-David, se porte propriétaire de La Paysanne et s’y installe avec son épouse Louise Lippé. Dès 1964, Chaudron fait creuser une cave pour aménager son atelier d’étain.

Vers l967, une véranda à l’arrière est construite ainsi qu’un agrandissement important de la maison du coté de la rue Lavoie. Cette résidence dont le bâti est en bois rond donne une allure rustique au domaine, mais monsieur Chaudron trouve qu’en hiver la maison est difficile à chauffer.

Les murs extérieurs sont donc revêtus de stucco pour isoler la maison contre les grands froids.

Pour remplacer une vieille remise à l’arrière qui date de 1937, monsieur Chaudron en fait ériger une nouvelle de cinq mètres sur sept.

Durant près de vingt années, les Chaudron n’auront pas cessé d’améliorer autant la structure et l’architecture de leur bâtiment pour des motifs de confort de bon goût.. Retenons que l’intérieur de la maison fini en bois rond a été conservé dans son style rustique d’origine.

Le trois juillet 1981, pour des raisons de succession du patrimoine familial, Bernard Chaudron cède La Paysanne à son épouse Louise Lippé, géographe de profession et artiste émailleur.

Louise y poursuit son œuvre artistique et y tient une boutique d’objets d’art.

Le cinq juin 1989, Camille Bourque, un pompier à Montréal et son épouse Lise Frappier, achètent La Paysanne. Ces nouveaux aubergistes changent le nom de l’établissement pour : La Chaumière aux Marguerites.

Le deux mai 1997, Marc Girard et son épouse Fabienne Horiot-Girard, des nouveaux citoyens canadiens, d’origine française, depuis novembre 1996, deviennent les nouveaux propriétaires de La Chaumière aux Marguerites avec leur petite fille Jérômine qui a aujourd’hui a sept ans.

Cette auberge, qui se trouve en bordure du parc linéaire Le Pt’it Train du Nord, exploite deux chambres à coucher et captive considérablement ses tenanciers. « Nous sommes là pour y rester, tellement nous aimons ce village et ses villageois » comme ils nous le disent si bien.